Histoires trolles : un héritage

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Histoires trolles : un héritage

Message par Acrae le Sam 16 Avr - 13:36

Histoires trolles : un héritage


Cette histoire relate le voyage, débuté durant l'été de l'an 35, de deux trolls aux origines éloignées, et leurs péripéties tout au long d'une quête difficile et longue, sur les traces d'une relique. Leur chemin les mène d'un bout à l'autre d'Azeroth, s'initiant à d'autres races et cultures au gré des régions qu'ils traversent, dans des environnements inconnus, à la rencontre de l'histoire ancestrale et de l'avenir incertain de leur peuple.

Comme tous leurs congénères, ils portent sur leurs épaules le poids mêlé de la grandeur, de la gloire mais aussi des erreurs et du déclin de leur civilisation. Loin d'être xénophobes, ils mettent néanmoins un point d'honneur à préserver la religion vaudou, la langue zandali, les traditions tribales, le style de vie et la musique, qui sont les piliers du patrimoine culturel troll, héritage de plusieurs millénaires d'histoire de leur peuple.


~~~

Les personnages

Acrae


Jeune trollesse un peu loufoque d'à peine dix-huit ans, originaire de l'île des Sombrelances, Acrae a grandi durant une période de grands bouleversements pour sa tribu. Après leur exode et leur installation en Kalimdor, elle a vécu au village de Sen'jin, bercée par les légendes et coutumes ancestrales trolles. Elevée dans le respect dû à leurs nouveaux alliés de la Horde, les évènement survenus au cours du règne de Garrosh Hurlenfer l'ont néanmoins profondément affectée. Elle obéit à ses propres règles et apprécie souvent la solitude. Ce caractère sauvage lui a valu le surnom moqueur d'Indomptée et ses décisions sont souvent raillées par le village. Sa dernière lubie en date est de voyager en compagnie d'un criminel inconnu dont elle s'est portée garante envers la Horde. Elle a pris un gros risque, mais si cette rencontre avait été décidée par les loas ?


Salajin


Troll d'âge mûr, Salajin a passé la plus grande partie de sa vie au sein de sa jungle natale de Strangleronce. Ancien défenseur du temple dédié à Shirvallah, ce fier guerrier gurubashi se dévoue corps et âme au loa tigre. Déjà accablé par l'invasion et la perte de Zul'Gurub, il dut faire face à la mort de sa plus proche amie en Pandarie, alors qu'ils suivaient les directives des Zandalaris. Son errance de plusieurs mois finit par nourrir une haine féroce envers ceux qui avaient participé à détruire tout ce qu'il chérissait, ainsi qu'une culpabilité confuse quant à l'implication de ses propres choix dans ces malheurs. Capturé puis asservi par des gobelins, il devint un gladiateur redoutable et redouté destiné à leur divertissement, connu sous le surnom du "Survivant". Sauvé de la mise à mort par Acrae, une ennemie Sombrelance, il a une dette envers elle, mais c'est surtout la prise de conscience de sa responsabilité envers la préservation de l'héritage de son peuple qui lui a donné une nouvelle raison de vivre et de se batte.

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Re: Histoires trolles : un héritage

Message par Acrae le Sam 16 Avr - 13:37

Chapitre 1 : Crépuscule sur la jungle


Zul'Gurub, an 6.


Sala rouvre lentement les yeux. Il est prêt. Le prêtre face à lui l'observe, il vient de terminer de lui apposer les peintures mystiques qui serviront à révéler sa force et à attirer l'attention du loa, pour le meilleur si ce dernier le juge digne, ou pour le pire si le jeune troll le déçoit. L'adolescent en simple pagne se trouve dans une rangée de novices présentant tous un corps dessiné par une musculature développée et un regard stoïque qui semblent les vieillir de quelques années de plus que leur âge réel. Les prêtres Zath et Lor'khan terminent les préparatifs puis se postent près de l'escalier escarpé qui donne accès au sommet du grand temple réservé aux acolytes de Shirvallah. L'un d'eux clame :

- L'grand prêtre Thekal !

Aussitôt l'annonce est répercutée par les tambours qui s'animent pour marquer le rythme, rapidement suivis d'autres percussions et instruments. Dans un large enclos qui leur est réservé, deux tigres se sont redressés, que ce soit dû au soudain brouhaha ambiant qui les dérange ou simplement l'arrivée de l'élu de Shirvallah, ils sont debout, regardant le haut du temple. Le grand prêtre s'avance, sortant de l'ombre fraiche des pierres pour apparaître sous les faisceaux de soleil perçant à travers les frondaisons des arbres. A l'image du loa primordial, il irradie d'une aura de confiance, de force et d'assurance. L'imposante chevelure couleur rouille du troll semble concurrencer le pelage des tigre plus bas, et son visage est strié de traces noires rappelant leurs rayures.


Des chants s'élèvent du côté des prêtres et initiés dévoués, tandis que la file d'adolescents s'agenouille avec respect d'un même élan, baissant la tête. Dans son torse, Sala sent son cœur répondre en écho à la mélodie des tambours. Ils sont tous là avec un même objectif : devenir un serviteur du temple, un fier protecteur dédiant son existence et son âme au loa tigre et à la défense de ses prêtres. Mais tous n'auront pas cet honneur.

Moi aussi j'serais avec eux. Sala, il le promet !



~~~~~

Des années plus tard, Strangleronce, an 24.


Les deux lances transpercent le corps de la cible. L'humanoïde à peau rose s'effondre au côté des siens. Celui qui est maintenant Salajin mène le groupe de guerriers de Shirvallah placé sous son autorité, dans les méandres de la jungle, en quête de proies. Bien longtemps auparavant les peaux roses étaient apparus dans les terres au nord et avaient fondé un royaume, mais jamais ils n'avaient eu l'audace de se confronter aux dangers de Strangleronce, là où traverser un guet pouvait se finir dans la gueule d'un crocilisque, où les piqûres des insectes pouvaient vous donner la fièvre à vous rendre fou, où chaque avancée à travers la végétation luxuriante dense vous égarait un peu plus dans l'immensité verte, et où les trolls, maîtres des lieux, profitaient de leur maîtrise du terrain pour surgir de n'importe où.

Mais cela fait des semaines, des mois, que les incursions des intrus humains et demi-humains étaient de plus en plus régulières. Ils profanaient certains lieux sacrés : des sites dédiés à la communion avec les loas, des lieux détenant des pouvoirs puissants dans lesquels seuls les féticheurs et les prêtres pouvaient pénétrer. Les défenseurs de Shirvallah escortaient les prêtres dans ces retraites à présent avec plus de vigilance que jamais.

Salajin évaluait la situation avec son groupe de guerriers au fur et à mesure. Ils avaient beau chasser les étrangers, ils revenaient sans cesse, et leurs campements se renforçaient progressivement en petits bastions. Le troll contempla ses protecteurs de Shirvallah achever sans hésitation chaque cible qui avait encore la force de gémir ou ramper.

- Salajin il s'demande pourquoi les peaux roses ils veulent tellement venir dans la jungle maint'nant alors qu'avant ils osaient pas y mettre un pied.
- Akezal il pense que ceux-là ils viennent parce qu'il voient plus la jungle des Gurubashi comme dangereuse ! Avant ils avaient peur ! Maint'nant ils s'permettent d'v'nir plus loin que jamais ils avaient été.
- D'façon y z'ont aucune chance ici. Si c'est pas la jungle qui les assoiffe et les affame, et si c'est pas nous qui les abattons, les loas détraqueront leurs esprits pour leur faire comprendre le respect. Salajin il vous l'dit l'grand prêtre Thekal il va être content d'nous. On prend d'quoi faire des offrandes à Shirvallah et on rentre.


Chaque troll hoche la tête à ces paroles rassurantes. Salajin affiche une attitude confiante, mais il n'a aucune réponse satisfaisante à ces incertitudes. Ce qui était l'empire glorieux des Gurubashi dans des temps antiques, ressemble maintenant à un morceau de peau de raptor rongée et trouée par les querelles entre petites tribus rivales. Non, les fiers Gurubashi ne peuvent se résoudre à décliner comme ça… Les loas les aideront ! Il le faut.

La nuit tombe, le crépuscule accompagne leur retour à Zul'Gurub qui est plus silencieux. Ici c'est chez eux, rien ne pourra les déloger.


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Re: Histoires trolles : un héritage

Message par Acrae le Mer 20 Avr - 14:23

Chapitre 2 : Une vie pour une vie


An 30, peu après le Cataclysme qui ébranla Azeroth.


Le soleil commençait lentement à descendre dans le ciel, après être passé à son point le plus haut, d'où il avait plombé l'atmosphère d'une chaleur accablante.

La jeune trollesse était abritée dans une crevasse ombragée, culminant à mi-hauteur d'un plateau rocheux, comme il y en avait des tas dans la région. Les quelques brins de vent provenant du large, loin derrière les montagnes, ne perçaient pas l'air brûlant pesant sur les canyons de Durotar. Acrae était postée là depuis de longues heures. Du haut de ses douze ans à peine, elle avait quitté en cachette le village tôt avant le lever du soleil, outrepassant la vigilance de son grand-père, et avait entrepris l'ascension dans le matin, car il lui aurait été impossible de gravir les parois rocheuses abruptes en pleine journée sous ses températures.

Elle restait là, immobile, économisant ses gestes, son énergie et son eau. Une flèche encochée dans son arc à la main, son regard était tourné vers un renfoncement discret, à une trentaine de mètres au-dessus d'elle, creusé sur une paroi plane, sans fissure, ni prise, de l'autre côté du gouffre béant, inaccessible, même aux meilleurs grimpeurs.

La trollesse guettait un mouvement. Et soudain, elle le vit. Hésitant, maladroit, craintif aussi. Une silhouette frêle pointait le bout de sa tête en s'approchant du rebord, tandis que l'astre diurne déclinant commençait à projeter de faibles ombres au creux des gorges en contrebas. La créature s'avança davantage. Elle boitait. Ses deux jambes se finissaient en serres noires, mais l'une des deux formait un angle douloureux. Deux ailes esquissèrent quelques battements fébriles. Il lui manquait des plumes à plusieurs endroits, et son ventre, son torse et son cou étaient striés de griffures profondes. Ce que Acrae avait cru apercevoir la veille alors qu'elle traversait le canyon se confirmait : cette jeune harpie était en mauvais état.


Les harpies étaient des créatures mi-femmes, mi-oiseaux, au caractère impitoyable, qui ne vivaient en colonies que pour des besoins évidents de protection et de survie, mais ne montraient aucun signe d'affection ou de tendresse entre elles dans leurs relations sociales. Une fois l'an, elles s'isolaient pour pondre deux à trois œufs. Après l'éclosion, la mère protégeait et nourrissait chaque jeune harpie, jusqu'à ce que l'une prenne instinctivement le dessus et élimine ses sœurs. Celle qui était bloquée sur le surplomb, face à Acrae, avait certainement été abandonnée là, pendant que la matriarche et sa sœur victorieuse s'étaient envolées pour rejoindre le reste de la colonie. Mais elle avait survécu à ses blessures et constituait maintenant une proie affaiblie. [1]

La créature ailée recula légèrement, sans pour autant retourner dans l'abri. Sans doute savait-elle, consciemment ou non, que quitter ce perchoir était son unique chance de survie, car sa mère ne reviendrait pas la chercher et elle finirait par mourir de faim. Battant cette fois plus largement des ailes, elle se prépara à sauter avec l'élan du désespoir. A cet instant précis, une flèche vint se ficher en plein milieu de son poitrail, transperçant le cœur. Les ailes restèrent figées de surprise, grandes ouvertes, et la silhouette bascula dans le vide. Le premier et dernier vol de cette harpie ne fut pas très gracieux, trop statique, et elle tomba comme un sac de plumes au fond du ravin.


~~~~~


Acrae émit un son à mi-chemin entre le grognement et le coassement.

En rentrant au bercail elle avait cru être passée entre les mailles du filet, mais son grand-père, un vieux troll féticheur au crâne dégarni, aux défenses jaunies et au visage ridé, lui était tombé dessus avec une poigne encore vive pour son âge. Il était furieux. Elle s'était encore échappée seule du village pour disparaitre toute la journée, au lieu de déterrer et piler les racines de terrestrines, comme il le lui avait ordonné la veille au soir. C'était un ingrédient nécessaire à la préparation de nombreuses décoctions de son cru et maintenant les bulbes à maturité avaient peut-être été dévorés par les sangliers de la région par la faute d'Acrae ! Incapable ! Désobéissante ! Elle n'en faisait qu'à sa tête, comme d'habitude !

La confrontation s'était rapidement conclue sur un mauvais sort, jeté avec quelques postillons par l'ancien, et aussitôt la jeune trollesse s'était sentie rétrécir jusqu'à se trouver à ras du sol, dans la peau humide d'une grenouille. Enfermée dans un chaudron inutilisé, elle clignait à présent de ses deux gros yeux globuleux en coassant par moment avec mauvaise humeur, en attendant que le sortilège se dissipe. Elle ne voulait pas être assistante de féticheur, elle voulait être chasseuse.

Son grand-père lui avait confisqué sa prise, mais la trollesse avait eu le temps d'estimer sa valeur sur le chemin du retour. Certes la harpie abattue possédait moins de plumes qu'un spécimen adulte, car son duvet n'avait pas encore complètement mué sur le corps. Néanmoins ses ailes présentaient déjà de beaux rémiges dépeignant toutes les nuances éclatantes de bleu profond à clair, luisant de reflets opalins. Ils constitueraient un habillage de choix pour des coiffes ou parures, ou même pour quelques colliers ou fétiches. La chasseresse en herbe conserverait les moins belles pour se faire de nouvelles flèches. Ce qu'il y avait de duvet doux, elle pouvait le refourguer à Ekna, qui l'utiliserait pour rembourrer les beaux tapis et couvertures en patchwork matelassés qu'elle cousait.

Cependant c'était sans nul doute le corps en lui-même qui représentait le plus gros gain. La jeune Sombrelance savait que quelques dévoués à Hethiss seraient heureux de pouvoir l'utiliser en offrande de qualité pour le loa serpent. En effet les rapaces constituaient les principaux prédateurs des serpents, familiers très appréciés des trolls. Se repaitre de la chair d'une engeance des airs, au nom du puissant esprit reptilien attirerait surement ses faveurs. Bien entendu, tout ceci se ferait loin des regards indiscrets, au cœur des Îles de l'Echo.

Car depuis le triomphe récent remporté par les Sombrelances face au traître Zalazane, l'archipel grouillait à nouveau de vie et vibrait au rythme quotidien de l'effervescence des trolls qui avaient réinvesti les lieux. Et au sein de ce paradis reconquis, de plus en plus de Sombrelances s'autorisaient des écarts dans les promesses de bons comportements faites à la Horde. Pendant longtemps les seules offrandes faites à Hethiss n'étaient constituées que d'animaux, buses ou vautours, mais les sacrifices d'être intelligents retrouvaient progressivement des partisans. Personne ne pouvait contraindre un troll à obéir par la menace. Thrall avait formulé des demandes, et les Sombrelances avaient fait des efforts pour s'y tenir. Mais depuis le départ de Thrall, le nouveau chef de guerre, Garrosh Hurlenfer, ordonnait et exigeait, il insultait les croyances et tentait d'intimider par la force. Cette méthode, ne pouvait espérer aucune bonne volonté de la part de la tribu.

Les nombreuses réformes de la Horde par l'orc mag'har au cours des derniers mois n'avaient fait que renforcer la détermination de certains trolls à tourner leurs espoirs d'avenir vers leurs dieux plutôt que vers leurs alliés.



Note [1]:
Ce passage constitue du fan-lore. Aucune information concernant le mode de vie, les relations sociales ou encore la reproduction des harpies n'a été fournie à ce jour par une source canon de Blizzard Entertainment.
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Re: Histoires trolles : un héritage

Message par Acrae le Dim 24 Avr - 11:49

Chapitre 3 : La braise qui devient un incendie


An 32, quelques temps après la levée des brumes entourant la Pandarie.


Maître Gadrin se tenait au centre du village de Sen'jin, entouré d'un groupe de ses semblables. L'air dense était chargé d'électricité. Les huttes étaient vides, tout le monde s'était rassemblé pour écouter.

" - ... pour une déclaration en provenance d'la Pandarie, des informations d'une extrême gravité. Alors écoutez tous ! Vol'jin, il est accusé de haute trahison envers la Horde, il aurait compromis et saboté des opérations militaires déterminantes sur place. Il est accusé du meurtre de soldats qui l'accompagnaient durant une mission. Il a disparu, personne sait où. "

Un silence abasourdi accusa la nouvelle, car personne ne pouvait y croire. Puis les visages se crispèrent de hargne et de haine, accompagnés par les grondements. Le vieux troll, maître de tous les féticheurs, à qui revenait la protection du village leva une main, pour conserver le silence et l'attention, car il n'avait pas fini.

" - Ça fait longtemps que le chef de guerre, il rêve d'avoir une raison pour écarter Vol'jin. On sait tous, sa parole sur cette affaire elle vaut rien. Nos gens, ils vont enquêter discrètement, mais les répercussions ici, elles vont êt' immédiates. Les Sombrelances, ils vont êt' tous soupçonnés d'comploter. Alors j'vous l'demande : faut pas donner à Garrosh des raisons d'se tourner contre nous. Je sais l'injustice elle fait vibrer l'envie de se venger, de se révolter. Mais ça lui ferait trop plaisir d'avoir des arguments valides pour nous écraser au grand jour avec légitimité. Et ça je peux pas l'autoriser. Quand l'chef il reviendra - parce qu'il reviendra - il faut que le village il soit encore là. "

Dans l'assistance, nombreux furent ceux dont les traits déformés de la face dévoilaient la dualité des sentiments entre contrôle et fureur. Les poings se serraient pour ravaler en silence les protestations face à la sagesse du vieux troll. Quant à Maître Gadrin, le masque en bois orné de peintures dissimulait son visage, mais lorsqu'il reprit à nouveau la parole, son ton était amère et grave.

" - La première règle qui nous concerne pour l'avenir, elle a été promulguée c'matin. Voici répétées les paroles que le héraut à prononcer dans Orgrimmar : le chef de guerre, Garrosh Hurlenfer, fils de Grom Hurlenfer, fait savoir que la seule langue officielle de la Horde est l'orc. Quiconque sera surpris à s'exprimer dans un autre langage sera considéré comme un traître cherchant à dissimuler sciemment des propos conspirateurs. En tant que danger pour la sécurité de la Horde, de telles personnes seront passibles de toute sanction que les Kor'krons jugeront adaptées. "

A présent le silence pesant était troublé par quelques trolls murmurant à leur voisin, tandis que d'autres continuaient d'observer l'orateur fixement, laissant ses dernières paroles les imprégner pour en comprendre toute l'absurdité. Ou bien Garrosh était devenu un peu plus paranoïaque et il craignait à présent que toute parole incomprise soit un message codé à son encontre. Ou bien son mépris pour les autres cultures venait de franchir une nouvelle étape et il comptait aller jusqu'au bout pour supprimer une à une toutes les libertés individuelles et ethniques.

Évidemment chacun savait de quoi étaient capables les Kor'krons. Soldats d'élite liés à la protection du chef de guerre, ils traquaient et faisaient taire les contestataires au nom de la stabilité de la Horde. Plusieurs mois auparavant, leur meneur, un orc à la peau grise du nom de Malkorok, avait pulvérisé la petite auberge de Tranchecolline et ses occupants à coup de grenades, après avoir appris qu'elle était devenue un lieu de rencontre récurrent pour ceux souhaitant échapper à la surveillance intense de la capitale. Cet orc avait autant de subtilité qu'un kodo dans un magasin de joaillerie.

" - On va vers des jours qui sont bien sombres. Les patrouilles des Kor'krons, elles risquent de passer plus souvent par ici aussi, pour nous surveiller, au cas où. Donc j'demande à chacun de faire bien attention en présence d'étrangers. On sait pas qui pense comme nous, et qui pense comme lui. Il faut rester sur nos gardes. "


~~~~~


Quelques mois plus tard.



Les flammes dévorantes finirent de consumer un palmier qui s'écrasa au sol en projetant milles étincelles rougeoyantes. Le feu se reflétait en dansant dans les iris orangés de la jeune trollesse. L'incendie de la petite hutte se propageait à la végétation alentour. Acrae et son grand-père assistaient impuissants au spectacle au sein du groupe de citoyens trolls tenus à l'écart par un détachement d'orc en armure lourde.

Plus loin cinq trolls blessés, à la peau roussie, et entravés par de lourdes chaines, subissaient un interrogatoire. L'un d'eux saignait abondamment de la mâchoire, là où aurait dû se trouver une défense qui lui avait été arrachée d'une façon douloureuse. Les orcs cherchaient des dissidents, des infidèles irrespectueux envers la Horde. Des témoins anonymes auraient décrit ces trois trolls qui remettaient en question les décisions du chef de guerre et, pire des outrages, qui l'auraient insulté en zandali approximativement de "gros porc rougeaud débile". Acrae savait que ce n'était pas vrai. Il s'agissait des conséquences d'une nouvelle stratégie mise en place par ceux qui désiraient voir les trolls quitter la Horde : par la délation, en les humiliant et en les accusant de traîtrise via faux témoignages et calomnies. Les Kor'krons n'attendaient pas d'aveux, ils n'en avaient pas besoin pour justifier de faire sauter la cervelle de leurs trois captifs, mais ils espéraient sans doute débusquer d'autres "complices" en menaçant de brûler tout le village et leur famille avec.


Juste à côté d'elle Acrae entendit une trollesse aux yeux cernés, inspirer puis hurler :

" - Pouwquoi vous faites ça ? Vous twouv'rez rien ici. On a rien fait ! "

L'orc qui s'occupait de questionner se retourna vers elle. Sous son épais attirail de plaques, seule une maigre fente dans le casque permettait de discerner son regard irrité.

" - Par ordre du chef de guerre, cette... "ville" et les îles sont placées sous loi martiale, jusqu'à ce que nous les ayons purifié de tous les traîtres à la Horde qu'elles renferment.
- Qui tu es toi pouw r'mettwe en cause not' loyauté ? Les Sombwelances, ils ont été pwemiers à wejoind' la Howde. On constwuit Orgrimmaw 'vec les orcs. On se bat 'vec les orcs. On souffwe 'vec les orcs dans les moments durs. Jamais on les abandonne. Vol'jin il a choisi la Howde plutôt qu'les aut' twibus quand le choix il a été pwoposé. Ça compte pas tout ça ?
- Oui vous êtes restés. Comme des tiques que vous êtes, à vous accrocher pour sucer toujours plus de sang pour affaiblir votre hôte. Ton Vol'jin, il croyait prendre le contrôle de la Horde par la fourberie en manipulant Thrall avec des paroles et votre saleté de magie noire, mais c'est pas lui qui a été choisi, ça l'a rendu fou que son plan foire. Garrosh a immédiatement su lire dans son jeu. Et maintenant que votre chef n'est plus là, vous prenez le relai pour déstabiliser la Horde, pas vrai ?! Nous allons trouver les parjures. Si tu es fidèle au chef de guerre, tu n'as rien à craindre, trollesse.
- On peut êt' fidèle à un ami et pourtant lui diwe quand il pwend un mauvais chemin et qu'on n'est pas d'accowd 'vec lui ! "


Les trolls encerclés restèrent silencieux, mais les regards étaient plus mauvais, plus résolus et menaçants envers les geôliers. Tous s'étaient redressés de toute leur taille et regardaient de haut le contingent de Kor'krons. L'orc esquissa un sourire sous son casque, il n'avait qu'à les échauffer encore un peu et il aurait une bonne raison d'ordonner l'assaut contre eux. Sa bouche s'ouvrit pour répliquer mais elle ne prononça jamais les mots qu'il préparait. Car soudain l'intérieur de son crâne fut transpercé d'une douleur si brusque et si intense que sa respiration en resta bloquée. Aussitôt sa vue s'était troublée, devenue floue comme si ses yeux ne parvenaient plus à faire le net. Un battement de cœur plus tard, ses oreilles elles non plus ne percevaient plus d'autre son qu'un bourdonnement continu. Il était seul, dans un monde obscur, vrillé par une souffrance indicible. Un supplice pareil, l'emmenant vers l'inconscience, c'était forcément une balle logée dans sa tête, alors pourquoi tout ne s'arrêtait-il pas ? Pourquoi devait-il endurer ça ? Qu'on le délivre vers le repos !

Alentour, la troupe de Kor'krons porta son regard sur l'orc meneur qui n'avait pas bougé, attendant sa réponse ou ses instructions concernant la suite des opérations. Il chancelait dangereusement. Horrifiés, ils n'eurent pas le temps de réagir quand il se saisit de son couteau cranté pour se l'enfoncer violemment, juste dans la fente de son casque, en plein dans l'orbite droit. Ils ne comprenaient pas, les trolls eux comprirent. Les loas avaient été appelés. Deux trolls mâles dans des parures légères décorées de multiples trophées, camouflés derrière des masques peints représentants des visages terrifiants, bondirent et lancèrent l'attaque, armés de lames-doubles courbes. Des Siame-Quashi. Des chasseurs des ombres sombrelances. C'était la première fois que Acrae en voyait en action. Et c'était plus prodigieux que tout ce qu'elle aurait pu imaginer.

Leur agilité n'avait d'égale que leur sauvagerie ultra-précise. Aucun geste n'était laissé au hasard, chacune de leurs frappes atteignait sa cible au bon endroit, chacun de leurs contres était placé au bon moment, déviant les ripostes ennemies, comme si tout était une danse soigneusement préparée, comme s'ils voyaient à l'avance ce qui allait arriver. Leur vitesse elle aussi était vertigineuse, alliée à leur adresse et leur souplesse, elle renvoyait une impression d'aisance dans les déplacements, tournoyant pour éviter les projectiles et les balles, bondissant par dessus les cadavres qu'ils mettaient à terre, se mettant hors de portée des haches orques qui tranchaient l'air en vain, parfois avec seulement quelques secondes de retard. Parfois, au milieu d'un saut ou entre deux attaques, ils criaient des paroles indistinctes, insensées et, tandis que leurs ombres chancelaient vivement, un ennemi s'écroulait au sol dans un hurlement de douleur, sans qu'ils l'eurent touché, succombant à une malédiction ou une autre. Comme tous les jeunes, Acrae avait entendu les légendes qui entouraient les chasseurs des ombres, et elle savait que ces prouesses n'étaient rendues possibles qu'ici. Car ici, dans ce village, dans ce territoire, ces deux Siame-Quashi bénéficiaient du plein potentiel des loas avec qui ils coexistaient en harmonie : ils oscillaient entre monde physique et monde intangible dans un équilibre parfait. Les esprits leur chuchotaient les menaces alentours et les actions des adversaires, leur conférant quasiment un don de prescience. Ils s'étaient entrainés chaque jour de leur vie à associer leurs compétences martiales à ce don de communion avec les esprits. Aucun faux pas, aucune mauvaise réception, le combat fut de toute beauté, un sans faute parfaitement exécuté.

Quant ils eurent terminés, le sable du village était rouge du sang de leurs oppresseurs. L'un des deux Siame-Quashi, le visage toujours masqué, s'adressa aux villageois en zandali avec une voix étouffée.

" - Ce qu'il s'est passé ici aujourd'hui ne restera pas longtemps secret. Ni pour nos ennemis, ni pour nos alliés. Les conséquences de tous les actes et les choix dessinent un avenir. Vous forgez aussi cet avenir et devez le protéger. A partir de ce jour, tous les membres de la tribu valides en âge doivent prendre les armes et défendre notre liberté. "

Avant que son grand-père approbateur n'ait eu le temps de s'en apercevoir, Acrae s'était frayée un passage à travers la foule et ruée vers sa cachette à l'écart des huttes en feu pour se saisir de son arc.


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